Assis dans le baquet de la Red Bull RB4-Renault, Sébastien Loeb a vécu des moments très forts lors de cette journée d’essais de Formule 1 qui s’est disputée, hier, sur le circuit de Montmelo, près de Barcelone (nord-est).
Dans une interview exclusive réalisée sur son site officiel, le quintuple Champion du Monde des Rallyes livrait ses impressions sur cette journée inoubliable…
Quels ont été les moments forts et les moments moins plaisants de cet essai ?
« J’ai tout aimé ! Parce que c’est super enrichissant pour moi, c’est une remise en question totale, à tous les niveaux. Ce n’est pas avec les vingt tours que j’avais faits l’an passé avec la Renault, avec un set-up standard et des pneus d’exhibition, ou les quelques tours avec la Red Bull la semaine passée à Silverstone sous la flotte, qui me donnaient une grosse expérience. Il a fallu travailler sur les acquisitions, voir où j’en perdais, où je pouvais en remettre un peu, jouer sur les réglages pour me sentir bien dans la voiture… Non il n’y a aucun moment que je n’ai pas aimé, sauf peut-être un : quand ça s’est terminé ! »
Bon, et ton meilleur moment alors ?
« Difficile à dire. Probablement quand j’étais dans des “config” avec peu d’essence et des pneus neufs, que le but était de faire un chrono. Là, j’essayais d’optimiser au maximum tout le tour. Ça me plaisait, mais en même temps, c’était un peu “chiant” parce qu’avec les pneus neufs, après le tour de sortie, il y deux tours où tu profites du grip des pneus et après ça baisse, tu ne peux plus améliorer. Moi, c’est souvent au troisième tour que j’allais le plus vite, car il me fallait bien deux tours pour prendre la mesure du grip. Ça c’est l’expérience. On t’enlève un peu d’essence alors tu peux freiner un peu plus tard, mais de combien ? Moi j’en sais rien. Tu as plus d’essence, il faut que tu soulages un peu plus, etc… Tout ça, il fallait que je le découvre en même temps. J’améliorais mes chronos, mais à la fin je sentais que je pouvais faire encore mieux car le feeling allait crescendo. »
Où situes-tu tes plus grandes marges de progression ?
« Sur quelques freinages où il y a entre cinq ou quinze mètres à gagner. Mais j’étais gêné par un manque de mordant dans les freins par rapport à mon propre feeling. Je tapais les freins super fort en bout de ligne droite et je n’arrivais pas à bloquer les roues. Je n’optimisais pas mon début de freinage. Il y a aussi les deux virages les plus rapides du circuit où j’en lâchais un petit peu trop. Mais sur la fin, par rapport à Buemi qui a fait les meilleurs temps du jour, il me restait 6 km/heures à chercher. Lui devait être à 248 et moi à 242 km/h. Il m’en mettait un peu sur les freinages, mais dans les autres virages, j’étais quasiment comme lui. Le pire, c’est que je sens où j’en laisse, où j’ai encore du temps à gagner. Avec un peu plus de roulage, mes chronos devraient être pas mal. »
Quels ont été tes rapports avec l’équipe ?
« Très bons ! Ils ont été agréablement surpris je crois ! Déjà, ils pensaient tous que j’allais faire quarante tours et que ce serait terminé. Et puis au niveau des temps, ils ne s’attendaient à ce que je sois aussi bien. Tout le monde était content dans l’équipe et c’était sympa. On a fait du bon travail et c’était aussi le but, faire une bonne séance d’essai qui leur apporte de l’expérience, des données. Mes analyses étaient conformes à ce qu’ils voyaient à la télémétrie, bref, on a bien bossé quoi. »
Une carrière de pilote de développement en F1 s’ouvre à toi ?
« Moi je veux bien ! »
Entre ton précédent essai avec une F1 encore équipée des assistances électroniques et la Red Bull 2008 qui en est dépourvue, as-tu senti la différence ?
« Oui, ne pas avoir “l’antipat” rend la voiture beaucoup plus difficile à conduire ! En sortie de virage lent avec la Renault, tu mettais gaz à fond et tu ne t’occupais de rien. Avec la Red Bull, il faut être super soft sur l’accélérateur ! En troisième ça va encore, mais en seconde, il faut charger en douceur pour ne pas se mettre en glisse et perdre du temps. Le plus traître, c’est dans les grandes courbes rapides. Avec l’antipatinage, quand la voiture commence à décrocher, le dispositif contrôle la glisse en douceur, presque insensiblement pour le pilote. Là, quand elle part à 240 km/h en plein appui, tu sens d’un coup l’arrière qui vient et ça c’est super fin ! C’est super réactif, super vif sans trop déstabiliser la voiture non plus,… Sur des trucs comme ça, l’assistance électronique rendait les choses beaucoup plus faciles, c’est clair ! »
Le huitième chrono, c’est quand même une sacrée performance ?
« Oui, personne ne m’attendait là en fait. La plupart des jeunes pilotes qui prétendent à un volant en F1 l’an prochain sont quand même derrière ! En plus Barcelone est le principal circuit d’essai de la F1. Les pilotes connaissent par cœur. Je connais à peine le circuit et encore moins la voiture. J’arrive à faire des temps raisonnables, à 2/10ème de Kubica, et en plus je sais où j’en perds. Alors oui, je suis plutôt content de ce que j’ai fait. Je ne m’attendais pas à être devant, faut pas rêver, mais j’espérais bien ne pas être trop loin derrière. »
Te sens-tu capable de courir un Grand Prix si on t’en donne l’occasion ?
« Pas demain ! Il faut que je fasse un peu d’entraînement physique ! »
Alors, Red Bull / Loeb, c’est signé ?
« Oui… en rallye ! »
Source : F1-Live.com
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